Recommandations HAS déformations crâniennes positionnelles / plagiocéphalie

Préambule

La Haute Autorité de Santé (HAS) a émis le Jeudi 5 Mars 2020 :

-une Fiche Mémo intitulée : « Prévention des déformations crâniennes positionnelles (DCP) et mort inattendue du nourrisson » ;

-un Rapport d’élaboration.

Disponibles ici : https://www.has-sante.fr/jcms/p_3151574/fr/prevention-des-deformations-craniennes-positionnelles-dcp-et-mort-inattendue-du-nourrisson

La fiche mémo de la HAS permet de donner des recommandations sur la prévention de la plagiocéphalie et la mort inattendue du nourrisson.

Nous avons l’honneur d’avoir fait partie du groupe d’experts qui a rédigé ces recommandations.

En tant que membres du groupe d’experts ayant réalisé ce travail, nous avons le devoir de communiquer sur ces recommandations, de les diffuser, et aussi de les expliquer.

Et cela a son importance, car certains professionnels et certains médias ont fait des raccourcis erronés sur l’interprétation de ces recommandations.

Aussi, nous sommes invités dans différentes conférences pour intervenir sur ce sujet et présenter ces recommandations (voir onglet : Actualités : Conférences / Ateliers / Etudes plagiocéphalie)

Tout d’abord, il est important de comprendre comment est élaborée une fiche mémo HAS : https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2016-04/guide_methodologique_fiche_memo_fiche_pertinence.pdf

Une fiche mémo permet de donner des recommandations qui s’appuient sur l’analyse de la littérature scientifique internationale. 

Par ailleurs, les fiches mémo « ne sauraient dispenser le professionnel de santé de faire preuve de discernement dans la prise en charge du patient qui doit être celle qu’il estime la plus appropriée, en fonction de ses propres constatations et des préférences des patients. »

Rappel des facteurs de risque et de la prévention de la mort inattendue du nourrisson 

Le rappel des consignes de prévention contre la Mort Inattendue du Nourrisson ne doit pas faire débat. Les consignes sont claires et font partie d’un consensus international basé sur de nombreuses publications scientifiques.

« Il est recommandé de coucher systématiquement le nourrisson sur le dos dans un lit adapté :

sur un matelas ferme dans un lit à barreaux, installé dans une turbulette adaptée, sans oreiller ni couette ni couverture, avec une température ambiante modérée (18-20°) ;

idéalement dans la chambre des parents les 6 premiers mois de vie ;

sans partage du lit parental ;

sans exposition au tabac. »

Définition et diagnostic des déformations crâniennes positionnelles (DCP) 

Il est essentiel de bien diagnostiquer tout torticolis chez l’enfant, qui est un facteur de risque de plagiocéphalie.

Et la HAS explique bien les 2 types de torticolis :

« le torticolis postural, attitude préférentielle en inclinaison latérale céphalique et rotation du côté opposé, intermittente mais sans limitation à la mobilisation passive controlatérale ;

le torticolis musculaire congénital, attitude permanente en inclinaison latérale céphalique et rotation du côté opposé avec limitation à la mobilisation passive controlatérale.  »

Facteurs de risque des déformations crâniennes positionnelles 

Ils permettent aux professionnels d’être particulièrement attentifs aux bébés concernés par ces facteurs de risque, ils sont donc à connaître. Selon nous, les plus importants à retenir sont : la prématurité, la gémellarité (jumeaux), le torticolis (postural ou congénital), la position en siège in-utéro,

Complications possibles des déformations crâniennes positionnelles

Ce passage est délicat car soumis à interprétation.

« Aucune donnée de la littérature ne permet de conclure à un lien de causalité entre DCP et retard neuro-développemental, troubles spécifiques ophtalmologiques, oculomoteurs, ou vestibulaires. »

Cela ne veut pas dire qu’il n’en existe pas, mais cela signifie que la littérature aujourd’hui ne le montre pas. Les études montrent que la plagiocéphalie pourrait être un marqueur de retard du développement, mais nous ne savons pas encore à ce jour si c’est la cause de ce retard, ou un facteur associé.

Par ailleurs, des troubles sont mis en évidence dans certaines études:

« Seuls les troubles de l’articulé dentaire avec latéromandibulie, les troubles posturaux (risque de rétraction musculaire) peuvent être retrouvés dans les formes sévères de plagiocéphalie fronto-occipitale.

Dans les formes plus prononcées et en l’absence d’une prise en charge adaptée et précoce, les retentissements morphologiques ou esthétiques peuvent persister. »

Ainsi, la plagiocéphalie ne revient pas forcément toute seule avec le temps comme on entend parfois. Cependant, il ne faut pas inquiéter les parents pour autant. Nous manquons de données scientifiques fiables à ce jour pour tirer des conclusions définitives sur ce point.

En revanche, cette fiche mémo donne les moyens pour prévenir et prendre en charge la plagiocéphalie afin d’éviter qu’elle évolue et que des troubles éventuels puissent persister. Il convient donc de suivre ces recommandations.

Prévention primaire des déformations crâniennes positionnelles 

Le message important à retenir de ce document selon nous, est cette partie prévention.

En effet, une prévention bien conduite permet d’éviter la majorité des déformations crâniennes positionnelles. La prévention doit être faite par les professionnels au contact des parents, et ce dès la grossesse, puis lors du séjour à la maternité, et enfin lors des rendez-vous les premiers mois.

Nous espérons donc que les professionnels au contact des parents prendront bien connaissance de ce document afin de l’appliquer et de donner les bons conseils aux parents.

Ces recommandations s’adresseront à tout professionnel en contact avec les parents et les familles : « aide-soignant(e), assistante maternelle, auxiliaire de puériculture, infirmier(e), kinésithérapeute, médecin généraliste, ostéopathe, pédiatre, psychomotricien(ne), puériculteur(trice), sage-femme, technicien d’intervention sociale et familiale, qui prend en charge les nourrissons en ville ou dans le cadre des établissements de soins publics ou privés ».

Prise en charge des déformations crâniennes positionnelles 

Concernant les conseils de positionnement 

Tout est clairement résumé ici, et non soumis à interprétation :

« La prévention repose sur le principe de respect de la motricité libre et spontanée du nourrisson.

Les mesures de prévention doivent être expliquées dès la période anténatale, lors du séjour en maternité et durant les premiers mois de vie.

Tous les professionnels intervenant auprès des nourrissons et leurs familles devraient connaître ces mesures de prévention.  »

A noter simplement que les positions sur le ventre et sur le côté doivent être proposées tous les jours au nourrisson, plusieurs fois par jour et toujours sous surveillance, et en respectant la tolérance de l’enfant.

 

Concernant la kinésithérapie

Des études montrent l’intérêt de la kinésithérapie dans la prise en charge du torticolis. Il est donc bien normal que la kinésithérapie soit prescrite par le médecin lorsqu’un torticolis est diagnostiqué.

 

Concernant l’ostéopathie

« Actuellement les données scientifiques ne permettent pas de recommander l’ostéopathie. Une approche ostéopathique à orientation pédiatrique peut être associée à la kinésithérapie en deuxième intention dans le cadre d’une prise en charge pluri-professionnelle. »

Ces 2 lignes sont soumises à interprétation et méritent que l’on s’attarde à les analyser.  Le poids des mots ont leur importance :

  1. Le terme « actuellement » montre une évolution possible et sous-entendue par la HAS.
  2. Il n’est pas dit que l’ostéopathie n’est pas recommandée, mais il est dit que les données ne permettent pas de la recommander, ce qui est sensiblement différent. Donc si un jour nous réalisons des études prouvant notre efficacité, alors l’ostéopathie pourrait être recommandée.
  3. L’ostéopathie est citée comme une possibilité de prise en charge, ce qui est une première, alors que peu de preuves scientifiques le justifient, la HAS aurait donc pu s’arrêter à la 1è phrase. C’est sans doute grâce à nos résultats cliniques et à la demande et la confiance des parents que nous avons eu droit à cette reconnaissance. Nous pouvons humblement considérer cela comme une belle avancée pour la profession.
  4. Les ostéopathes sont cités aussi dans le rapport d’élaboration (page 7, et sur le passage sur l’ostéopathie p.87), et nous étions un ostéopathe exclusif et une médecin ostéopathe dans les membres du groupe d’experts (sur 19 membres), et la Société Européenne de Recherche en Ostéopathie Périnatale et Pédiatrique (SEROPP) a été consultée également, ce qui est la preuve d’une participation active des ostéopathes dans la rédaction de ce document.

Ainsi, pour finir sur l’ostéopathie, nous pouvons être humblement satisfaits par la prise en considération de la HAS à notre égard. Notre place est en pratique plus importante que ces 2 lignes dans la fiche mémo, les parents sont très nombreux à nous consulter car nous avons des résultats visibles aussi bien sur le torticolis que sur la plagiocéphalie, mais c’est à nous de le prouver à travers des études publiées dans des revues scientifiques. Nous avons d’ailleurs récemment publié une étude modeste sur le sujet afin d’apporter quelques éléments suggérant l’efficacité de l’ostéopathie : https://www.larevuedelosteopathie.com/articles/130.

Nous espérons que d’autres études bien réalisées suivront par la suite, dans l’intérêt de l’ostéopathie, mais surtout dans l’intérêt des nourrissons.

Enfin, la HAS demande de diffuser largement ces recommandations afin qu’elles soient appliquées par le plus grand nombre de professionnels de la pédiatrie/périnatalité. Ainsi, n’hésitez pas à partager cette information.