Syndrome de KISS

Le syndrome de KISS : éléments de réflexion 

Avant propos

Cette page est le fruit de notre réflexion personnelle, appuyée à la fois par de la littérature internationale, par notre expérience en cabinet, et par de nombreux échanges avec des confrères. C’est un sujet qui divise, qui fait polémique, et dont on parle de plus en plus, nous ne prétendons pas détenir la vérité absolue (cette page est d’ailleurs mise à jour régulièrement en fonction de notre expérience quotidienne avec les enfants), ni faire des miracles sur tous les enfants concernés, mais nous souhaitons à travers cette page simplement évoquer notre vision des choses sur ce sujet. Nous avons déjà été contactés par la presse pour écrire sur le syndrome de KISS, mais nous avons toujours refusé de le faire car nous ne souhaitons pas alimenter la polémique autour de ce sujet (et encore moins entrer dans une démarche « marketing »), mais nous souhaitons simplement et modestement partager ces quelques lignes de notre réflexion et de notre expérience.

Syndrome de KISS : définitions

C’est un acronyme allemand : « Kopfgelenk Induzierte Symmetrie Störungen », soit « Troubles de symétrie induits par les vertèbres cervicales supérieures » en français, ou encore « kinematic imbalances due to suboccipital strain » en anglais.

Le syndrome de KISS est décrit comme étant l’existence de troubles fonctionnels des vertèbres cervicales supérieures (haut de la nuque), notamment C0-C1-C2 soit occiput-atlas-axis.

Concrètement, il s’agit d’un « blocage » (qui peut prendre différents formes, par exemple une translation, ou une rotation) des vertèbres cervicales supérieures, en général dû à des contraintes in-utéro et/ou lors de l’accouchement, associé à plusieurs symptômes (un « syndrome » est un ensemble de symptômes) que nous allons décrire plus loin.

D’un point de vue scientifique, il n’y a pas de consensus ni sur l’existence de ce syndrome, ni sur le diagnostic, ni sur le traitement. Nous faisons des recherches de la littérature sur le syndrome de KISS depuis plusieurs années, et nous traitons des dizaines de cas par mois de nourrissons qui rentrent dans la catégorie « syndrome de KISS », nous allons donc expliquer ce que nous en pensons, en lien avec notre expérience au cabinet.

Précisons que le syndrome de KISS induit fréquemment une déformation crânienne type plagiocéphalie ou brachycéphalie, ce qui est notre domaine de prédilection et que nous traitons tous les jours au cabinet, et c’est cela qui nous a amené au début à voir des cas qui entrent dans la définition du « syndrome de KISS », et donc à approfondir nos recherches, pour aujourd’hui bien comprendre le concept et surtout traiter les nourrissons concernés.

Tout d’abord ce syndrome est peu connu en France, beaucoup plus en Allemagne, puisque le terme a été créé par un chiropracteur Allemand, nommé Biedermann.

Selon nous, et comme nous l’expliquons toujours aux parents désormais, que l’enfant entre dans la catégorie « syndrome de KISS » ou pas n’est en fait pas le plus important, l’essentiel est de diagnostiquer et de traiter les différents blocages ou restrictions dans le corps de l’enfant, notamment au niveau des cervicales supérieures, mais pas uniquement, et c’est ce que nous faisons tous les jours en cabinet. Il convient donc  à la fois de prendre le problème au sérieux car il existe et les symptômes peuvent être importants, mais aussi de dédramatiser sur l’existence d’un « syndrome », qui peut effrayer inutilement les parents d’une part, et d’autre part cela amène à enfermer l’enfant dans « une case », ce qui est de plus en plus fréquent chez les enfants, et cela ne les aide pas forcément.

Rappelons qu’un syndrome est un ensemble de symptômes, en l’occurrence « le syndrome de KISS » qui correspond à un blocage des vertèbres cervicales supérieures peut entraîner des problèmes divers et variés, parfois très difficiles à supporter tant pour l’enfant que pour les parents. Le parcours des parents est souvent difficile, et leur récit est souvent similaire: ils sentent que leur enfant a « quelque chose qui ne va pas » sans que l’on puisque l’expliquer, alors qu’il semble en bonne santé par ailleurs pour la plupart.

Bien que les symptômes sont variables d’un enfant à l’autre car le blocage et les tensions qui en découlent varient selon les enfants, il existe 2 types qui sont décrits dans la littérature, qui est très faible sur le sujet à ce jour :

Type 1 : Inclinaison latérale

La tête, la colonne et le bassin de l’enfant décrivent une posture fixée comme un « C ». Cela entraîne donc différentes asymétries :

-au niveau de la tête : aplatissement de l’arrière du crâne type plagiocéphalie puisque l’enfant a la tête tournée souvent du même côté,

-du visage : un oeil peut être plus fermé que l’autre, la mâchoire peut être décalée, les oreilles peuvent être décalées,

-des membres supérieurs : les bras ne sont pas forcément utilisés de manière symétrique,

-de la colonne qui décrit un « C » comme si l’enfant présentait une scoliose,

-du bassin et des membres inférieurs : les jambes comme les bras peuvent ne pas être utilisées de manière symétrique. Il peut y avoir une asymétrie du pli fessier (raie des fesses, et jonction entre fesses et cuisses également).

Type 2 : Hyperextension ou « opisthotonos »

Dans ce cas l’enfant n’est pas vraiment asymétrique. Il présente une posture fixée en hyperextension de la tête et de la colonne vertébrale, c’est-à-dire qu’il se cambre et jette sa tête en arrière (en extension). Il peut présenter une déformation crânienne également, mais cette fois-ci souvent symétrique (type brachycéphalie : aplatissement postérieur global du crâne, du au manque de rotation de la tête sur le côté).

L’enfant semble hypertonique, tendu, n’aime pas être sur le dos, et parfois n’aime pas être sur le ventre non plus (il « fait l’avion » avec les bras et les jambes en l’air).

 

=> Dans les 2 types, le développement psycho-moteur de l’enfant peut être perturbé, lors du ramper, du quatre pattes, de la station assise, de la marche, de la préhension, de la motricité fine…

L’enfant est également irrité, fait des crises de pleurs fréquentes qui témoignent de son inconfort, présente des troubles du sommeil et de l’endormissement, des troubles digestifs (reflux ou RGO, coliques, constipation), des troubles de la succion (difficulté à prendre le sein voire le biberon, avec des fausses routes).

Tous ces symptômes sont liés notamment à la complexité de la zone cervicale supérieure, où sont présentes des structures importantes :

-le nerf vague (X) qui innerve les poumons, le cœur et le système digestif ;

-les nerfs responsables de la succion déglutition (nerfs IX glosso-pharyngien et XII hypoglosse) ;

-le nerf responsable de l’innervation d’une partie des muscles du cou (nerf XI accessoire) ;

-les vaisseaux (artères et veines) qui irriguent et drainent le cerveau.

C’est pourquoi une tension importante à cet endroit peut entraîner des symptômes aussi variés, et il est donc primordial de traiter cette zone lorsque c’est nécessaire.

 

Le traitement

Beaucoup de nourrissons présentent des symptômes qui peuvent s’apparenter au Syndrome de KISS, car beaucoup de nourrissons présentent des tensions au niveau des cervicales supérieures, en lien avec l’accouchement ou la vie intra-utérine comme dit précédemment.

Mais heureusement, tous les nourrissons n’ont pas besoin d’une manipulation forcée pour être traités, contrairement à ce que l’on peut entendre parfois. D’après notre expérience et celle de nombreux confrères, c’est même rare qu’une manipulation soit absolument nécessaire. Chez la grande majorité des nourrissons que nous recevons, nous arrivons sans manipulation forcée, mais par des mobilisations douces (conformément aux décrets sur l’ostéopathie, et dans le respect de l’enfant), à traiter les blocages présents, et donc les symptômes qui en découlent.

A noter que plus le traitement a lieu tôt, et plus l’efficacité est importante. Il peut donc nécessiter plusieurs séances si l’enfant est vu plus tardivement. Une manipulation ou manœuvre forcée peut s’avérer parfois plus rapide et plus efficace à court terme, mais selon notre expérience et l’expérience des parents, l’effet rebond (les effets indésirables suite à une séance) peut être très important du fait de cette manipulation, et l’enfant semblerait se « rebloquer » facilement ensuite. Selon nous, il vaut mieux libérer cette zone de manière douce, mais durable, et sans oublier la globalité de l’enfant (de la tête au pied). En effet, un nourrisson ne se limite pas qu’à des cervicales, et le blocage est très rarement uniquement aux cervicales. 

En revanche, même si nous faisons tout notre possible, nous ne prétendons pas traiter parfaitement tous les nourrissons que nous recevons, il nous est arrivé et il nous arrive toujours d’être limités dans le traitement de certains enfants, auquel cas nous orientons vers des confrères pour tester une autre approche que la notre, car chaque praticien a sa sensibilité palpatoire et sa propre technique, qui parfois sera plus efficace sur certains enfants que sur d’autres.

Une analogie pour aller plus loin dans la réflexion : le syndrome de Maigne.

Nous pouvons comparer le syndrome de KISS à un autre syndrome qui repose sur le même principe : un blocage entre 2 vertèbres (ou plus) entraînant différents symptômes : le syndrome de Maigne. Ce syndrome a été décrit par Robert Maigne (médecin, spécialisé en médecine manuelle ostéopathique) en France dans les années 1970, il est comme le syndrome de KISS assez peu connu, et bien que l’on trouve plus de littérature à son sujet, elle reste faible d’un point de vue scientifique.

Le syndrome de Maigne, encore appelé syndrome thoraco-lombaire, syndrome dorso-lombaire, ou encore syndrome de la charnière dorso-lombaire, est aussi un blocage au niveau de la colonne vertébrale et d’une charnière (zone de transition mécanique), ici la charnière dorso-lombaire, entre la 12ème vertèbre dorsale et la 1è vertèbre lombaire (articulation T12-L1, que l’on peut étendre à la zone T11 à L2). Robert Maigne parlait de Dérangement Intervertébral Mineur (DIM), que nous pouvons associer à un blocage de l’articulation, qui comme pour le syndrome de KISS va irriter les nerfs situés dans cette zone, et provoquer des symptômes divers (pour rappel un syndrome est un ensemble de symptômes) : des douleurs au niveau lombaire (bas du dos), au niveau des fesses, des hanches, du bas du ventre, parfois des organes génitaux : en bref, toutes les zones qui sont innervées par les nerfs situés au niveau de la charnière dorso-lombaire.

L’analogie est donc assez nette. Dans les 2 cas, on parle de syndrome, dû à un blocage entre 2 vertèbres (ou plus), irritant des nerfs donnant des symptômes en lien avec le rôle de ces nerfs. Dans les 2 cas, le traitement passe par un traitement manuel (par un ostéopathe ou autre thérapeute manuel habilité) de la zone bloquée. La différence étant que le syndrome de Maigne a été décrit chez l’adulte, alors que le syndrome de KISS chez l’enfant, et que les symptômes sont très différents puisque ce n’est pas la même zone qui est irritée.

Réponses à vos questions fréquentes

Nous sommes très souvent contactés pour répondre à ces questions, c’est pourquoi nous donnons la réponse directement ici pour plus de facilités :

-faites-vous le diagnostic du KISS ?  Oui, car pour rappel c’est un blocage des cervicales, que nous testons systématiquement ;

-traitez vous le KISS ?  Oui, et nous avons plusieurs cas par semaine. Sur les quelques cas que nous n’arrivons pas à traiter convenablement, nous orientons les parents vers des confrères qui ont une approche différente ;

comment le traitez-vous ?  Par des mobilisations douces dans le respect de l’enfant et de ses articulations (cervicales entre autres) qui rappelons-le ne sont pas encore bien formées et sont donc fragiles. Les manipulations forcées, que nous ne pratiquons pas, ne sont pas nécessaires la plupart du temps et heureusement car ce n’est pas anodin, il semble donc plus judicieux et plus sécuritaire de privilégier un traitement sans manipulation en première intention selon nous ;

-combien de séances sont nécessaires ?  Tout dépend des enfants, de l’âge, de la sévérité…Dans le premiers mois, une séance peut suffire, par la suite, 2 à 3 séances peuvent être nécessaires, rarement plus.

-quelle différence entre un chiropraticien ou chiropracteur et un ostéopathe pour traiter le syndrome de KISS ? Tant que le praticien est bien formé à la pratique pédiatrique, qu’il soit chiropraticien ou ostéopathe, il peut être capable de traiter les blocages présents chez un enfant KISS. L’un n’est donc pas forcément plus adapté que l’autre selon nous.